Faire une pause ou s'épuiser 1

L’été dernier, juste avant de partir en vacances, j’ai écrit ces quelques lignes. Des mots parce que j’avais besoin d’intellectualiser (au sens de « rationaliser un problème en éliminant tout ce qui est affectif ») pour essayer de faire face à l’épuisement que je ressentais.

Juillet 2019. Une journée « ordinaire » dans le service d’accueil de victimes de violences conjugales et / ou sexuelles dans lequel je travaille :

  • Une jeune femme terrorisée à l’idée que son ex-compagnon – et père de son fils – sorte de prison et mette ses menaces à exécution en faisant du mal à ses parents (elle a déjà tellement été battue et rabaissée qu’elle n’a même plus peur pour elle-même…);
  • Une trentenaire qui a réussi à quitter le père de sa fille, mais qui ne parvient pas à se reconstruire, souffre toujours de troubles du comportement alimentaire et déteste son corps (son obésité est l’une des conséquences de toutes les maltraitances subies);
  • Une autre trentenaire « du voyage » (c’est ainsi qu’elle se définit) qui est parvenue à sortir de l’emprise de son mari, qui craint de ne plus avoir le respect de sa communauté car elle est divorcée, mais qui se sent de plus en plus libre de vivre comme elle l’entend tout en se remémorant, au bord des larmes, des épisodes particulièrement douloureux de ses 10 années de vie commune avec ce tortionnaire;
  • Une très jeune femme – agressée sexuellement par son frère pendant l’enfance, qui a trouvé la force de le dénoncer et qui attend depuis des mois une date d’audience – qui me recontacte pour me raconter qu’un homme, qu’elle considérait comme un ami, l’a forcée à lui faire une fellation, qu’elle n’ose pas aller à la Gendarmerie parce qu’il la menace de lui faire perdre son poste (elle déposera plainte dans les jours qui suivent) et que, de plus, elle craint que ce viol ne joue en sa défaveur dans la procédure en cours contre son frère…
  • A cela s’ajoutent les innombrables SMS sur mon téléphone personnel d’une femme suicidaire (oui, j’ai fait l’erreur de lui transmettre mon numéro) – victime des manipulations de son ex…

Je suis à saturation de tous ces récits de coups, d’humiliations, de violences sexuelles… Je n’en peux plus de voir ces femmes culpabiliser alors qu’elles sont les victimes. Je ne supporte plus d’entendre leurs paroles niées ou trop souvent mises en doute. Dans mon activité libérale ou mon militantisme, je manque d’énergie pour faire de la pédagogie et expliquer ce qu’est l’emprise ou pour démontrer – chiffres à l’appui – que les fausses allégations sont rares. Je dois absolument faire une pause.

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